L’évaluation de l’apprenti intervient en entreprise (missions) comme en établissement de formation (acquis théoriques) et permet d’apprécier les compétences qu’il a développées.

L’évaluation et ses enjeux

« Le tuteur pourrait expliquer les attentes sur le mémoire, faire un bilan sur l’apprenti (…) on sait rarement comment ça se passe au niveau de l’école (…), un Responsable RH en entreprise.

Le tuteur académique est souvent attendu sur les questions d’évaluation : comment accompagner l’évaluation ? Comment en limiter les impacts parfois négatifs sur le comportement de l’apprenti ? Les entreprises en font une vraie préoccupation : « souci d’égalité, d’équité », « le jeune est plus intéressé par sa note, c’est à l’école de limiter ça » (Paroles de Responsables Ressources Humaines). Le mémoire, dont l’importance est unanimement soulignée, suscite, lui aussi, un besoin d’explication : « J’attends un retour école sur le mémoire qui est utile pour l’entreprise et l’école » (Responsable RH).

                Globalement le dispositif d’évaluation mis en place doit être réfléchi et chaque partie prenante doit avoir un rôle clair : qui évalue quoi ? Il faut aussi veiller à souligner le volet « qualitatif » de l’évaluation : technicité, comportement, progression des missions, développement des compétences…

Une autre difficulté est de mesurer la juste position du tuteur académique en termes d’intervention dans l’évaluation des situations professionnelles puisque c’est le MAP qui suit l’apprenti au quotidien. Parfois certaines entreprises considèrent qu’il n’y a que la formation qui concerne les tuteurs académiques et que, pour la partie professionnelle, c’est à eux d’en juger. L’évaluation reste donc à construire dans le cadre d’une véritable équipe tutorale pour en partager véritablement les objectifs.

                Par conséquent, l’évaluation, de façon générale, et la notation, en particulier, peuvent varier selon les acteurs et les contextes. Il faut donc en tenir compte dans les dispositifs d’évaluation mis en place et les outils choisis : appui à la prise de recul, question de l’équité…

Les outils d’évaluation de l’apprenti en entreprise

« On fait le point sur tous les axes d’amélioration, où ça en était, la montée en compétences… et puis on pouvait vraiment parler de ce qui allait et de ce qui n’allait pas : c’était très ouvert et on pouvait vraiment discuter », parole d’un ancien apprenti.

Pour assurer le suivi des apprentis (tâches, points forts, points faibles) et les évaluer (axes d’amélioration, montée en compétences), un certain nombre d’outils sont proposés par les établissements de formation, les entreprises et FormaSup ARL (Le@). Les maîtres d’apprentissage interviewés (2017), ayant au moins un an d’ancienneté, mentionnent ainsi principalement l’utilisation du Le@ (43%), un outil de suivi créé par FormaSup ARL et adaptable aux contextes des UFA. Suivent ensuite d’autres outils utilisés par l’entreprise, par l’UFA et enfin 16% d’entre eux précisent n’utiliser aucun outil.

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Les outils sont-ils adaptés aux besoins ?

Source : Enquête par questionnaire maîtres d’apprentissage (2017) – 1228 répondants

Les maîtres d’apprentissage trouvent majoritairement que les outils de suivi des apprentis sont adaptés seuls 10% ne sont pas satisfaits, soit 75 MAP parmi lesquels 30 utilisent le Lé@ et 22 n’utilisent aucun outil.

Pour les anciens apprentis, le moment de remplir cet outil d’évaluation est perçu de différentes façons :

  • Une occasion de faire le point : « Ça te permet de voir où tu en es ».
  • Un outil de contrôle : « au début je voyais ça plutôt comme : « est-ce que t’as bien fait tes devoirs ? », alors qu’après tu le vois de manière plus professionnelle, tu vois à quoi ça sert (…) plus les années passent, plus tu vois l’intérêt pédagogique (…) ».

Focus sur le Lé@

                « Il y avait un gros suivi entre l’école et l’entreprise. D’ailleurs mon manager m’a dit ‘je n’avais jamais fait ça pour une autre école’. Il y avait des questionnaires au fur et à mesure de l’année, qui posaient des questions au tuteur « est-ce que ça il l’a amélioré, etc. » la ponctualité, l’autonomie (…) », parole d’un ancien apprenti.

Le Le@ est un outil électronique qui a pour but de suivre, d’informer et d’évaluer l’apprenti via un accès internet sécurisé en incluant le trinôme Maître d’Apprentissage / Apprenti / Tuteur. Cet outil est généralement perçu positivement par les tuteurs académiques (Enquête par entretiens 2018) car il répond aux besoins des UFA : point avec l’apprenti, repérages de points d’amélioration, conduite des réflexions, croisement des regards… De plus, il a l’avantage de pouvoir être rempli en ligne en temps réel. Un tuteur académique indique même que, selon lui, la généralisation de l’utilisation du Le@ permettrait une homogénéisation des pratiques et une équité de l’évaluation. On observe une tendance qui va dans ce sens, puisque le nombre d’UFA rattachées au CFA FormaSup ARL et actuellement utilisatrices du Le@ est de 100 sur 136 (Chiffres au premier trimestre 2019).

Une autre dimension intéressante de l’outil est la démarche d’auto évaluation[1] qu’elle peut faciliter pour l’apprenti, c’est-à-dire le fait de porter un regard critique sur son travail. Cette auto évaluation participe de l’autonomie progressive de l’apprenti même si à ce jour elle ne représente pas la norme.

Le dispositif d’évaluation et les outils de suivi dédiés sont à accompagner pour être compris et utilisé efficacement. C’est ainsi que FormaSup ARL fournit un accompagnement à ses établissements de formation pour déployer le Le@ de façon appropriée.

Les apports de l’évaluation en entreprise.

« Les tuteurs entreprise sont très attentifs aux notes. Il est important de mettre l’accent sur le volet qualitatif de l’évaluation »,parole de tuteur académique.

Dans l’enquête apprentis sortant de formation 2018, les apprentis précisent les apports des temps d’évaluation en entreprise.

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L’apport principal de l’évaluation en entreprise – 5 réponses au choix

Taux de réponse 100%
Source : base de données apprentis sortants – 2018

Les Verbatims « Autre »

Le mémoire, du choix du sujet à la prise de recul

En plus de l’évaluation de ses missions, l’apprenti est évalué sur la production d’un écrit de fin de cycle, le mémoire, qui est aussi un des moments clés de la formation. Ce travail matérialise en effet le bouclage d’une année d’apprentissage voire d’un cycle de formation. C’est aussi un outil pour faire du lien entre la formation et l’expérience en entreprise. C’est pourquoi les apprentis ont particulièrement besoin d’en saisir les attentes et objectifs.

Le premier temps fort du mémoire est le choix et la définition du sujet, comme le soulignent certains tuteurs académiques (Enquête par entretien 2018) : « Il s’agit de répondre à la fois aux questions d’entreprise et aux questions de l’école ». Les apprentis doivent mener une réflexion par rapport à une problématique, proposer des solutions par rapport à cette problématique et éventuellement « vendre » des solutions auprès des décideurs de l’entreprise. La problématique part a priori d’un besoin de l’entreprise, l’apprenti essaye d’en détecter un ou deux, et les soumet au maître d’apprentissage. Le tuteur école, lui, veille à ce que la problématique réponde aux exigences d’un mémoire académique.

Il faut néanmoins préciser que cette vision en est une parmi d’autres. Il reste complexe de déterminer une méthodologie de mémoire type tant les pratiques sont différentes. Selon les établissements de formation, le curseur est placé plus ou moins du côté des attentes académiques ou des attentes « métier ».

Un des enjeux est donc de penser le mémoire comme un outil de travail au carrefour du partenariat école/entreprise qui permet l’articulation entre les attentes de l’école et de l’entreprise. Même si c’est un support universitaire qui contribue fortement à l’obtention du diplôme de l’établissement de formation, il doit être envisagé de façon partenariale et être articulé aux missions confiées à l’apprenti en entreprise.

Dans l’enquête apprentis sortant de formation de 2018 (1128 répondants), une question portait sur les personnes ayant accompagné la définition du mémoire.
Trois réponses ressortent : « en collaboration avec le maître d’apprentissage et le tuteur académique » pour 437 répondants (34,6%), ce qui semble être la situation d’apprentissage la plus appropriée. Deuxièmement « seulement avec le maître d’apprentissage » pour 354 apprentis (28%), ce qui montre un accompagnement en pointillé du côté du tuteur académique. Troisièmement « avec personne » pour 333 apprentis (26,3%), chiffre qui interpelle fortement.

L’accompagnement du mémoire et le développement des compétences                                             

« Le problème des alternants et des stagiaires, c’est qu’ils sont liés à leurs tuteurs, parce que c’est eux qui les notent à leur mémoire… », un ancien apprenti

44 apprentis sortant de formation sur 65 interrogés (Enquête par questionnaire 2017) disent avoir été accompagnés au mémoire par leurs organismes de formation.

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Les apports de l’accompagnement au mémoire

Motifs de satisfaction du module d’accompagnement au mémoireIls ont dit :
Conseils sur le fond et la forme 14 apprentis« Explication du plan, correction des hors sujet » « Conseils sur la forme et parfois sur le fond » « Ciblage des informations les plus pertinentes pour l’entreprise »
  Méthodologie 12 apprentis« Relecture, échange avec les enseignants sur des points techniques, mise en avant de nouvelles sources bibliographiques à exploiter » « Une méthodologie complète »
Autres 12 apprentis« Réponse à mes questions » « Informations détaillées concernant l’entreprise »
Cibler les attentes 3 apprentis    « Plus de précisions sur l’attendu et des applications métier de mes résultats » « Les attentes des professeurs dans la réalisation du mémoire »
Peu d’apports 3 apprentis

Source : Enquête par questionnaire apprentis sortants (2017) – 65 répondants

Pour aller plus loin sur cette question de l’accompagnement, Il est intéressant de mobiliser les résultats de l’enquête par questionnaires apprentis sortant de formation (Enquête par questionnaire 2018), au vu du volume significatif d’enquêtés (1264).

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Les personnes « ressource » pour l’accompagnement au mémoire

Source : Enquête par questionnaire apprentis sortants (2018) – 1264  répondants

Source : Enquête par questionnaire apprentis sortants (2018) – 1264 répondants

Ici, le rôle du maître d’apprentissage dans l’accompagnement au mémoire apparaît comme le plus important. Il est toutefois à préciser que l’accompagnement au mémoire fait partie des missions du tuteur académique.

Selon les anciens apprentis, la situation la plus favorable pour élaborer le mémoire est lorsqu’il y a un échange de travail entre le maître d’apprentissage et le tuteur. Selon les tuteurs académiques, il est aussi important d’articuler les attentes des différents acteurs (maître d’apprentissage, tuteur, responsable mémoire, responsable Projet Professionnel et Personnel…), car c’est souvent l’apprenti qui se retrouve à faire la synthèse. Lors de la soutenance, le maître d’apprentissage et le tuteur sont présents, et le reste du jury peut être composé de personnes invitées (représentant d’entreprise, enseignant…) pour avoir une diversité de points de vue. Ce qui permet d’apprécier la professionnalisation de l’apprenti et de porter un autre regard sur le travail mené par ses soins.

Cet accompagnement devrait permettre à l’apprenti de faire du lien entre ses missions en entreprise et sa formation en établissement à condition que ce soit explicité et cohérent dans le parcours de l’apprenti : « c’est le mémoire qui permet de faire le lien, mais sur le coup ça n’avait pas de sens. [2]».

Pour certains tuteurs académiques, cette mise en cohérence des savoirs et des compétences est bien un enjeu du mémoire : « c’est un bon exercice intellectuel qui aide à prendre du recul sur les missions en entreprise. C’est aussi un travail d’organisation du temps, de gestion des connaissances et des compétences. Le tuteur, en tant qu’encadrant universitaire, doit répondre aux canons comme la démonstration scientifique. »

Finalement, le travail de mémoire demande une polyvalence de compétences et un accompagnement collectif : rédaction, réflexion, sujet, problématique, plan, lien avec l’entreprise et c’est un travail qui nécessite un vrai travail partenarial entre l’apprenti, l’entreprise et l’établissement de formation. De manière générale, il est nécessaire de valoriser particulièrement ce type de travaux qui développent un traitement réflexif des expériences professionnelles, tout comme le projet professionnel et personnel, les projets tuteurés, les retours d’alternance, les approches pédagogiques et didactiques développées dans les enseignements, etc… Et ce pour que les apprentis puissent faire un lien entre les expériences en entreprises et les expériences en formation.


[1] Lors de l’auto évaluation, L’apprenti est amené à formuler une appréciation relative à ses démarches d’apprentissage, à sa progression, aux résultats obtenus, aux difficultés rencontrées, aux stratégies pour dépasser les obstacles ou pour approfondir sa compréhension

[2] Source : Enquête par entretien anciens apprentis (2017) – 20 interviewés